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Une enfance discrète dans le Paris de la fin du XIXe siècle

Marie Mélanie Laurencin naît le 31 octobre 1883 dans le 10e arrondissement de Paris. Fille naturelle non reconnue d’Alfred Toulet, député, et de Pauline Mélanie Laurencin, une broduese originaire du Cotentin, elle grandit dans un milieu modeste mais cultivé. Sa mère l’élève seule, avec le soutien discret de son père biologique qui assure les dépenses du foyer sans que Marie ne connaisse son identité avant sa majorité.
Cette situation d’enfant illégitime marque profondément sa sensibilité. Elle suit une scolarité intermittente chez les religieuses puis au lycée Lamartine, où elle découvre le Louvre. En 1901, elle obtient son baccalauréat, une rareté pour une jeune fille de son époque. Contre l’avis de sa mère qui la destine à l’enseignement, Marie choisit la voie artistique. Elle intègre l’École de Sèvres pour apprendre la peinture sur porcelaine, une formation technique qui lui permet de maîtriser le dessin et les motifs décoratifs.

Parallèlement, elle suit des cours du soir à l’Académie Humbert, boulevard de Clichy. Là, elle rencontre Georges Braque et Francis Picabia. Ces rencontres ouvrent les portes du milieu bohème de Montmartre. Elle y développe déjà son goût pour l’autoportrait et une palette personnelle, influencée par les fleurs et les figures féminines.
L’entrée dans l’avant-garde et la rencontre avec Guillaume Apollinaire
En 1907, le marchand Clovis Sagot organise sa première exposition. Pablo Picasso la découvre et l’introduit dans le cercle du Bateau-Lavoir. Marie Laurencin devient rapidement une figure de l’avant-garde parisienne. Elle expose aux Salons des Indépendants et d’Automne aux côtés des cubistes, sans jamais adhérer totalement à leur langage géométrique rigide.
La même année, Picasso lui présente Guillaume Apollinaire. Leur relation passionnée dure six ans. Le poète, lui aussi enfant naturel, trouve en Marie une muse et une compagne intellectuelle. Elle figure dans son célèbre Groupe d’artistes (1908), tableau qui réunit le couple Laurencin-Apollinaire, Picasso et Fernande Olivier. Apollinaire lui dédie des poèmes comme Marie, où il célèbre sa chevelure laineuse.

Marie Laurencin participe activement à la vie artistique. Elle fréquente Gertrude Stein, qui achète ses œuvres, et expose à l’Armory Show de 1913 à New York. Son style, qualifié plus tard de « nymphisme », se distingue par des figures féminines stylisées, aux visages ovales et aux grands yeux sombres, dans des camaïeux de roses, bleus et gris pastel. Elle transcende le fauvisme et le cubisme par une approche plus poétique et décorative.
En 1914, Marie épouse le peintre allemand Otto von Waetjen, un pacifiste. Au déclenchement de la guerre, elle perd sa nationalité française, ses biens sont spoliés et le couple s’exile en Espagne. Ils séjournent à Madrid puis à Barcelone, où Marie continue à peindre malgré les difficultés. Le mariage tourne court ; ils divorcent en 1920.
De retour à Paris après l’armistice, elle retrouve sa place dans le Tout-Paris.

L’entre-deux-guerres marque l’apogée de sa carrière. Elle illustre des livres, dont une édition d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll en 1930. Elle crée des décors pour les Ballets Russes de Diaghilev et la Comédie-Française. Ses portraits mondains des femmes de la haute société, souvent androgynes et mélancoliques, deviennent très recherchés.
Marie entretient une longue relation avec Nicole Groult, sœur du décorateur André Groult. Cette liaison discrète mais assumée s’inscrit dans les cercles lesbiens et artistiques de Montparnasse. Elle incarne une forme de modernité sapphique, loin des normes bourgeoises.
Un style unique : le nymphisme et la féminité rêvée
Le « nymphisme » de Marie Laurencin désigne ce monde onirique peuplé de jeunes filles aux chevelures fluides, de princesses éthérées, de biches et de fleurs. Ses toiles évitent la violence du cubisme analytique pour privilégier la grâce, la douceur et une certaine mélancolie. Critiquée parfois pour sa « mièvrerie », cette approche séduit par son élégance décorative.
Elle travaille aussi la gravure, l’aquarelle et la poésie. Ses vers libres, souvent publiés sous pseudonyme, dialoguent avec sa peinture. Marie Laurencin transcende les genres : peintre, illustratrice, décoratrice, poétesse. Son atelier devient un lieu de rendez-vous pour Jean Cocteau, Francis Poulenc ou encore Coco Chanel, qu’elle portraiture.
Les années sombres et l’héritage posthume

Pendant l’Occupation, elle maintient une vie mondaine et aide des amis comme Max Jacob, sans toujours réussir à les sauver. Internée brièvement à la Libération lors de l’épuration, elle est rapidement disculpée grâce à des soutiens comme Marguerite Duras.
Marie Laurencin meurt le 8 juin 1956 à Paris, à 72 ans. Elle repose au cimetière du Père-Lachaise. Son œuvre, longtemps éclipsée par celle de ses pairs masculins, connaît un regain d’intérêt depuis les années 2010. Des expositions au Petit Palais et des biographies récentes soulignent son rôle dans l’art moderne et sa contribution à une vision féminine de la modernité.
Adulée au Japon, où son esthétique pastel résonne particulièrement, elle reste une référence pour les artistes contemporains explorant le genre et l’identité. Marie Laurencin n’a pas seulement peint des femmes : elle a peint un univers féminin autonome, sensible et libre.

Et comme d’habitude, ci-dessous un « petit plus »….
« Hier, j’ai reçu de Charlie un diaporama sur les aquarelles de Marie Laurencin, diaporama de son ami Jean Hache qu’il a très certainement un peu amélioré. » Cath
