Les Pouilles : entre mer turquoise, trulli et villages blancs

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Gilbert
Toits coniques des trulli d’Alberobello, classés à l’UNESCO.
Crédit : Wikimedia Commons

Longtemps restées dans l’ombre de la Toscane ou de la Côte amalfitaine, les Pouilles s’imposent aujourd’hui comme l’une des plus belles révélations d’Italie. Talon de la botte, la région s’étire entre mer Adriatique et mer Ionienne, sur près de 800 kilomètres de côtes. Oliviers millénaires, maisons chaulées, toits coniques et eaux cristallines composent un paysage d’une clarté presque irréelle. Un voyage dans les Pouilles n’est pas seulement un séjour au soleil : c’est une immersion dans une Italie rurale, généreuse et encore profondément attachée à ses villages.

Un trullo typique dans une rue d’Alberobello.
Crédit : Berthold Werner / Wikimedia Commons, CC BY-SA

Les Pouilles comptent environ quatre millions d’habitants. Bari en est la capitale, Lecce le joyau baroque, Alberobello l’image de carte postale. Entre le Gargano au nord et le Salento au sud, chaque province a son rythme et sa lumière. On y vient pour les plages, on y reste pour les ruelles, l’huile d’olive et une hospitalité encore simple.

Une terre entre deux mers

Le quartier de Rione Monti et ses toits de pierre sèche.
Crédit : Wikimedia Commons, CC BY-SA

Géographiquement, les Pouilles forment à la fois le talon et l’éperon de l’Italie. Au nord, le Gargano avance dans l’Adriatique : falaises, forêt Umbra, villages blancs de Vieste et Peschici, îles Tremiti au large. Plus au sud, la Terre de Bari enchaîne ports et cathédrales romanes. Puis vient la vallée d’Itria, plateau calcaire piqueté de trulli et de masserie. Enfin le Salento, où l’Adriatique et la mer Ionienne se rejoignent à Santa Maria di Leuca.

Cette double façade maritime explique la diversité des plages. Côté Adriatique, on trouve des falaises, des grottes et des calanques, comme à Polignano a Mare. Côté ionien, le sable s’étire davantage : Pescoluse, souvent surnommée les Maldives du Salento, Punta Prosciutto, Porto Cesareo. L’eau y est extraordinairement claire, surtout au printemps et en début d’automne, quand la fréquentation reste raisonnable.

Ostuni, la ville blanche vue depuis les airs.
Crédit : ParisTaras / Wikimedia Commons, CC BY

L’intérieur n’est pas en reste. Soixante millions d’oliviers, certains âgés de plusieurs siècles, dessinent un océan d’argent. Les masserie, anciennes fermes fortifiées reconverties en maisons d’hôtes, offrent un point d’ancrage idéal : on y dort entre les champs, on y dîne sous les étoiles, on y goûte l’huile pressée à quelques mètres de la table.

Alberobello, Ostuni et la vallée d’Itria

La plage de Lama Monachile à Polignano a Mare. Crédit : Wikimedia Commons, CC BY-SA

Impossible d’évoquer un voyage dans les Pouilles sans les trulli. À Alberobello, plus de 1 500 de ces constructions en pierre sèche, coiffées d’un cône de calcaire, forment un ensemble unique au monde, classé UNESCO depuis 1996. On les visitait autrefois comme un village de paysans ; aujourd’hui le quartier de Rione Monti attire les foules dès le milieu de matinée. Mieux vaut arriver tôt, ou dormir sur place dans un trullo pour retrouver le silence le soir.

À quelques kilomètres, Locorotondo et Cisternino offrent souvent plus de charme et moins de monde. Leurs ruelles circulaires, leurs balcons fleuris et leurs caves à vin racontent la vallée d’Itria sans le décor déjà trop photographié. Martina Franca, plus baroque, mérite une halte pour ses palais et son festival d’été.

Façade baroque de la basilique Santa Croce à Lecce. Crédit : Bgag / Wikimedia Commons, CC0

Ostuni, la « ville blanche », se dresse sur une colline face à la mer. De loin, elle semble un amas de chaux posé sur les oliviers. De près, c’est un labyrinthe de ruelles et de places d’où l’œil plonge vers l’Adriatique. On s’y perd volontairement, on y attend le coucher de soleil qui rosit les façades. C’est l’un des plus beaux points de vue des Pouilles, et une base commode pour rayonner dans la vallée.

Polignano, Lecce et le Salento

La vieille ville de Gallipoli.
Crédit : Wikimedia Commons / Panoramio, CC BY-SA

Polignano a Mare est devenue l’image la plus partagée de la région, et pour cause. Le village s’accroche à des falaises blanches percées de grottes. En contrebas, Lama Monachile — aussi appelée Cala Porto — encadre une petite plage entre deux parois. Le spectacle est saisissant, surtout hors saison ou très tôt le matin. Un tour en bateau permet de voir la ville depuis la mer et de glisser dans les grottes.

Plus au sud, Lecce porte le surnom de Florence du Sud. Le baroque y est flamboyant : colonnes torsadées, angelots, façades travaillées dans une pierre calcaire dorée qui change de couleur selon l’heure. La basilique Santa Croce, la place du Duomo, l’amphithéâtre romain au cœur de la ville : Lecce se visite à pied, sans précipitation, entre deux pauses dans un café.

Otrante, ville la plus orientale d’Italie.
Crédit : Wikimedia Commons

Le Salento, lui, mêle mer et fête. Otrante, plus orientale ville d’Italie, garde une cathédrale célèbre pour sa mosaïque médiévale et un château qui surveille le canal. Gallipoli, posée sur un îlot, vit encore au rythme de son port de pêche. Santa Maria di Leuca marque la pointe, là où les deux mers se rencontrent. En août, la Notte della Taranta célèbre la pizzica, danse traditionnelle du Salento, et donne à toute la péninsule une énergie particulière.

Une table généreuse et un art de vivre

Santa Maria di Leuca, là où les deux mers se rejoignent.
Crédit : Bgag / Wikimedia Commons, CC0

La cuisine des Pouilles est l’un des plus beaux arguments du voyage. Elle est pauvre dans le meilleur sens du terme : farine, légumes, huile, mer, fromage. Les orecchiette aux cime di rapa, ces petites oreilles de pâte fraîche aux pousses de navet, sont l’emblème de Bari. La burrata d’Andria, crème et mozzarella, s’écoule dès qu’on la coupe. Les panzerotti, chaussons frits, se croquent dans la rue. Le poisson arrive du matin, l’huile d’olive est partout, le Primitivo et le Negroamaro remplissent les verres.

On mange tard, on parle fort, on partage. Dans une trattoria de village, le menu du jour suffit souvent. Dans une masseria, le dîner devient un cérémonial : antipasti à n’en plus finir, pâtes maison, grillades, fruits du verger. C’est cette générosité, plus encore que les sites, qui fidélise ceux qui reviennent.

Quand partir et comment sillonner la région

Cisternino, village discret de la vallée d’Itria.
Crédit : Wikimedia Commons

Le meilleur moment pour un voyage dans les Pouilles se situe en mai, juin, septembre et début octobre. La mer est déjà ou encore bonne, les villages respirent, les routes ne saturent pas comme en juillet-août. L’été reste possible, à condition d’accepter la chaleur, les lidi payants et les files aux parkings d’Alberobello ou de Polignano.

La voiture reste le moyen le plus souple. Les trains relient Bari, Brindisi et Lecce, mais les plus beaux villages et les criques se gagnent au volant. Attention aux ZTL, ces zones à trafic limité des centres historiques : mieux vaut se garer à l’extérieur et marcher. Comptez au minimum cinq jours pour un aperçu, une semaine pour la vallée d’Itria et le nord du Salento, dix à quinze jours pour ajouter le Gargano et prendre le temps.

Vieste, sur le promontoire du Gargano.
Crédit : Wikimedia Commons

On arrive généralement par Bari ou Brindisi. On repart avec du sable dans les chaussures, une bouteille d’huile dans la valise et l’impression d’avoir vu une Italie encore proche de ses racines. Les Pouilles ne se visitent pas seulement : elles se goûtent et se contemplent au soir depuis une terrasse blanche.

 

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