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Au détour d’une boucle de la rivière, entre Rodez et Villefranche-de-Rouergue, Belcastel apparaît d’un seul tenant : le château sur son éperon, les toits de lauzes jusqu’à l’eau, un pont de pierre d’une rive à l’autre. Moins de deux cents habitants y vivent. Depuis 1990, le bourg figure parmi les Plus Beaux Villages de France. Belcastel n’est pas seulement un décor. C’est un lieu qui a failli disparaître, puis a été relevé pierre à pierre.
Mille ans d’histoire au bord de l’Aveyron

Crédit : Wikimedia Commons
Le nom de Belcastel prête à discussion. En occitan, Bèl Castèl évoque le « beau château ». Les historiens rappellent aussi le latin bellum castellum, la forteresse de guerre. Les deux lectures se tiennent : le site commande le passage de la rivière, à la frontière du Ségala et du pays ruthénois.
Une chapelle préromane existait déjà au VIIIe siècle, dédiée à sainte Marie-Madeleine. Autour d’elle s’élève, vers 1040, le premier château des seigneurs de Belcastel. Pendant quatre siècles, la famille étend son influence dans le Rouergue. La guerre de Cent Ans brise cet équilibre : des routiers occupent la place, puis les Armagnac prennent le contrôle des terres. Vers 1386-1393, Jean d’Armagnac donne Belcastel à son écuyer Guillaume de Saunhac. Commence une lignée de plus de quatre siècles.

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Alzias de Saunhac, au XVe siècle, transforme le village autant que la forteresse. Il remanie le château, fait construire l’église Sainte-Madeleine sur l’autre rive et jette le pont. On dit parfois que ce geste visait aussi à apaiser les tensions entre rives. Les pèlerins de Compostelle passaient ici. Selon la tradition, certains payaient la traversée en prières et en offrandes.
Au XVIIe siècle, la famille quitte peu à peu le nid d’aigle. Le château est abandonné. Au XIXe siècle, il sert même de carrière de pierre. Au début du XXe siècle, on n’accède au village que par des chemins difficiles. Les maisons se vident. Belcastel pourrait n’être plus qu’une ruine au fond de la vallée.
Le château de Belcastel, forteresse jamais prise

La forteresse domine le bourg depuis plus de mille ans. Donjon carré, tours d’angle, douves, pont-levis : le plan reste celui d’une place forte. Un fait revient souvent : le château de Belcastel n’aurait jamais été pris d’assaut. Sa position sur le roc a même résisté, pendant la guerre de Cent Ans, aux troupes incapables de déloger les routiers.
Classé monument historique en 1928, l’édifice n’était plus, dans les années 1970, qu’un amas de murs. La visite d’aujourd’hui montre autre chose. On entre par le pont-levis, on traverse une douzaine de salles et plusieurs cours, on gagne des vues sur la rivière et les toits. Des reconstitutions évoquent la vie médiévale. Une collection d’armes et une galerie d’art occupent aussi les pièces. Le château raconte et expose.

L’ouverture suit en général la belle saison, du printemps à l’automne, avec des horaires plus larges en été. Une visite libre dure environ une heure. Mieux vaut vérifier les dates avant de venir : Belcastel reste un petit village, et le château vit au rythme des saisons.
Pont, église et calades du village

En bas, le Vieux Pont donne sa silhouette au paysage. Construit au XVe siècle par Alzias de Saunhac et inscrit aux monuments historiques en 1928, il enjambe l’Aveyron de cinq arches en arc brisé. Une croix de pierre rappelle le rôle ancien du passage. Le pont organise tout le village : d’un côté les maisons qui grimpent vers le château, de l’autre l’église.
L’église Sainte-Madeleine, contemporaine du pont, abrite le gisant d’Alzias de Saunhac, le blason de la famille et plusieurs statues classées, ainsi qu’un chemin de croix de Casimir Ferrer.

Le reste se découvre à pied. Les calades, ruelles pavées de galets et de schiste, montent vers les maisons aux toits de lauzes. La Maison de la Forge évoque les anciens métiers : forgeron, sabotier, pêcheur de l’Aveyron. Plus loin, le Roc d’Anglars et les ruines d’un fort, les « chaises du Seigneur » taillées dans la roche, le site de la Vierge du Lourdou complètent le tableau. Un audioguide, au bureau d’information touristique, fait le tour du village en une à deux heures.
Fernand Pouillon et la renaissance du site

Sans un architecte venu d’ailleurs, Belcastel serait resté une ruine admirée de loin. En 1974, Fernand Pouillon découvre le château. Il l’achète et, pendant huit ans, le relève pierre par pierre, dans le respect de l’architecture d’origine. Il en fait sa résidence. Il meurt en 1986 et repose dans le petit cimetière du village, le regard tourné vers l’œuvre qu’il a voulue dernière.
Son geste entraîne les habitants. À partir des années 1980, sous l’impulsion notamment du maire Claude Cayla, la commune restaure les maisons, le four banal, les calades, le petit patrimoine. Le travail dure une quinzaine d’années. En 1990, Belcastel entre dans le réseau des Plus Beaux Villages de France. L’Aveyron en compte aujourd’hui une dizaine, un record national. Le label n’est pas un décor posé sur un village mort. Il sanctionne un sauvetage collectif.
Pouillon n’a pas inventé Belcastel. Il a refusé qu’il s’efface. Les propriétaires suivants ont poursuivi l’ouverture au public. Le village, lui, reste habité. C’est cette continuité, plus que la carte postale, qui donne sa force au lieu.
Flâner, goûter et marcher à Belcastel

On vient d’abord pour marcher. Les rues sont courtes, mais pentues. Au bord de l’eau, l’ombre du pont invite à s’asseoir. Plusieurs sentiers partent du bourg vers les crêtes, le Roc d’Anglars ou Rignac, et donnent d’autres angles sur le château.
On reste aussi pour la table. Le Restaurant du Vieux Pont, maison des sœurs Fagegaltier, tient une étoile Michelin depuis 1991. Nicole Fagegaltier et Bruno Rouquier travaillent l’agneau du Ségala, le bœuf d’Aubrac, les poissons et fromages fermiers. La salle donne sur le pont. Réserver s’impose, surtout l’été.
En haute saison, le stationnement est payant, le long de l’Aveyron ou au-dessus du village. Le bureau d’information touristique se trouve route des berges. Belcastel se visite en une demi-journée. Mieux vaut une journée : le matin les calades et l’église, l’après-midi le château, le soir les pierres qui changent de couleur.

Belcastel Aveyron n’est pas un musée sous cloche. C’est un village sauvé parce que des habitants, un architecte et des visiteurs ont jugé qu’un château, un pont et des toits de lauzes valaient encore le détour. On en repart avec une image simple : une rivière, une forteresse, un passage de pierre. Et le sentiment rare d’avoir vu un lieu qui a choisi de durer.
Ci-dessous retrouvez comme d’habitude le bouton de téléchargement, et, plus bas encore, le diaporama du regretté Jean-Marie Clausse publié sur le site le 18 octobre 2020
